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Mort du Roi de Thaïlande : pourquoi tant de pleurs ?

Depuis la mort du Roi de Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, qui s’est éteint à l’âge de 88 ans, un an de deuil national a été décrété. La majorité des Thaïlandais sont habillés de noir. Les festivités de Loi Kratong (la fête des lanternes) ont été annulées ou réduites à leur minimum. Au café, à la supérette, certains craquent et éclatent en sanglots. Le pays s’est réveillé avec la gueule de bois et les sujets du Roi défunt semblent perdus, déboussolés, désemparés. Beaucoup d’expatriés ne savent plus bien où se mettre ni comment se comporter. Mais pourquoi donc la mort du Roi a-t-elle provoqué une telle émotion en Thaïlande et même dans le monde ?

La mort du Roi pourrait provoquer une crise politique

En Thaïlande, les tensions politiques sont vives. Les clivages sont très profonds entre la bourgeoisie de Bangkok, aisée, éduquée (souvent à l’étranger), tournée sur le monde, et les couches les plus pauvres de la population, les classes ouvrières, paysannes, souvent surendettées et se voyant comme les grands perdants de la mondialisation. A l’inverse de ce que l’on pourrait croire, la Thaïlande n’est pas un pays pauvre. Elle souffre surtout d’une mauvaise répartition de ses richesses. Contrairement à la plupart des pays occidentaux, la classe moyenne y est quasi inexistante. La population est divisée entre riches et pauvres. De ces clivages ont découlé ces dernières années de nombreuses crises politiques. 12 coups d’État ont été perpétrés depuis 1932, le dernier ayant eu lieu en 2014. Le pays est d’ailleurs toujours sous une dictature militaire depuis. Dans ce contexte tendu, Le Roi était aux yeux des Thaïlandais une figure neutre, apolitique, rassembleuse. Il était en quelque sorte un garde fou. Après sa mort, certains craignent donc que les tensions se ravivent au sein de la population thaïlandaise, alors même que de nouvelles élections doivent être organisées l’an prochain.

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Source: Daily Mail

La mort du Roi est un drame sociétal

Certes, la Thaïlande applique à la lettre (et au-delà) l’une des lois les plus restrictives au monde sur le crime de lèse-majesté. Mais n’allez pas croire pour autant que les Thaïlandais aiment leur monarchie contraints et forcés à la manière nord-coréenne.

Le Roi n’avait d’ailleurs pas de rôle politique au sens où on l’entend généralement. Il n’incarnait pas une idéologie. S’il n’était pas soumis à la contradiction, ce n’est pas uniquement parce que cela est interdit, mais surtout parce qu’il ne représentait pas une ligne politique clivante qui aurait pu créer la polémique. Il était pour les Thaïlandais une figure paternelle plus qu’un leader. Il conseillait plutôt qu’il dirigeait. La plupart des Thaïlandais sont nés sous le règne de Bhumibol Adulyadej et ont vu toute leur vie à chaque coin de rue et jusque dans leur salon le portrait de leur souverain. Il était pour eux plus qu’un chef d’État. Il était un repère structurant, une partie de leur histoire familiale.

La mort du roi renforcera-t-elle le nationalisme ?

Depuis mon arrivée en Thaïlande il y a presque trois ans, je n’ai cessé d’entendre dire que la mort de Roi provoquerait le chaos ou la révolution. Après le choc de l’annonce, les médias et analystes thaïlandais ou étrangers scrutent de très près l’évolution du pouvoir politique et de la société thaïlandaise. Alors que des élections mettant fin (partiellement) au régime militaire devraient normalement se dérouler pendant la longue période de deuil national, doit-on craindre un musellement plus grand de la parole démocratique au nom de la stabilité, par crainte d’une révolution ?

Le danger serait que sous prétexte de cohésion nationale, le pays se ferme un peu plus sur lui-même. Pourtant le Roi était profondément ouvert sur le monde. Né aux États-Unis, il a suivi sa scolarité en Suisse en langue française, avant de rejoindre la Thaïlande en 1945 où il commença par améliorer son thaï. Autant dire qu’il fut un monarque à dimension internationale.

Le peuple thaïlandais vivra-t-il ces prochaines années replié sur lui-même, se sentant trop vulnérable sans cette protection bienveillante ou sera-t-il sensible à la grande ouverture d’esprit de son défunt souverain et poursuivra-t-il son œuvre en s’ouvrant sur le monde ? C’est là qu’est tout l’enjeu de l’après-Bhumibol et c’est sûrement ce qui effraie nombre de thaïlandais.

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