Monsieur Mélenchon: lettre ouverte d’un expatrié un peu fauché

Monsieur Mélenchon,

 

Lors de l’une de vos nombreuses interventions télévisées, vous avez évoqué l’idée d’un « impôt universel » pour taxer les expatriés français les plus riches, où qu’ils vivent dans ce vaste monde. Pourquoi pas. Considérer l’exercice du pouvoir public non plus comme uniquement la gestion d’un territoire, mais comme un lien entre un pays et son peuple, cela existe ailleurs. Les États-Unis appliquent d’ailleurs déjà la mesure que vous proposez.

 

Mais pour qu’une telle mesure ne paraisse pas opportuniste, démagogique, comme une proposition populiste lancée en l’air, une de plus dans cette campagne à droite comme à gauche, encore faudrait-il que vous alliez jusqu’au bout de votre modèle universaliste.

 

Monsieur Mélenchon, vous voulez un impôt universel, imaginez-vous mettre en place en parallèle le « service public universel » qui pallierait aux services publics défaillants de certains pays où sont implantés de nombreux expatriés français ? De la même manière que vous souhaitez une égalité fiscale pour tous les Français, vous pourriez plaider pour une égalité de traitement face aux services publics, même pour les Français vivant à l’étranger. À quand la gratuité des lycées français, l’accès à la santé, aux allocations familiales et de logements ou au RSA pour les plus précaires, quel que soit leur pays de résidence ? Car c’est bien à cela que servent les impôts non ?

 

Si certains pays ont des taux d’imposition très bas, ils offrent aussi un service public nul ou presque, et beaucoup d’expatriés ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour préparer leur retraite, se soigner, faire face à la perte de leur emploi ou même scolariser leurs enfants. Beaucoup de Français précaires vivant à l’étranger par choix ou par contrainte ne peuvent pas se soigner ou vivre décemment alors même que certains d’entre eux paient des impôts en France.

 

Monsieur Mélenchon , les Français de l’étranger ne sont pas tous des évadés fiscaux. Certains partent pour trouver du travail, pour rejoindre leur famille ou même pour survivre avec des revenus qui ne leur permettent pas de vivre dignement en France. Saviez-vous que certains Français font la manche en Asie ? Saviez-vous qu’inscrire ses enfants au lycée français de Bangkok coûte au minimum 5.000 euros par tête et par an pour des enfants français, c’est-à-dire environ un an du salaire moyen en Thaïlande ? À ceux-là, quel message avez-vous à leur envoyer ? Ils sont français, tout autant que Bernard Arnaud ou que Florent Pagny. Ils sont juste moins rentables et personne ne s’intéresse à eux. Si vous vous intéressez vraiment aux Français expatriés, ne serait-il pas juste de vous intéresser à tous et pas seulement aux plus riches ?

 

En attendant, Monsieur Mélenchon, puissiez-vous utiliser cette brèche que vous avez ouverte à bon escient et faire entrer la cause des Français de l’étranger dans le débat public, pas seulement pour montrer que vous êtes prêt à partir chasser du milliardaire à l’autre bout de la planète, mais pour redonner une cohérence au peuple français dans toute sa diversité et sa complexité et cela, où qu’il soit dans ce monde devenu village.

 

Car au fond, nous sommes un peu pareils vous et moi. Je suis blogueur, vous Youtubeur, et nous prétendons tous deux (pas toujours avec les mêmes idées) vouloir œuvrer pour un monde plus juste et plus égalitaire.

 

Démocratiquement vôtre,

 

Adrien Coron (Alias Somwang)

9 thoughts on “Monsieur Mélenchon: lettre ouverte d’un expatrié un peu fauché

    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire. En effet, j’aimerai bien réussir à faire suivre cette idée d’une pluralité de profils des français établis hors de France, au moins à la faire entrer dans le débat. Mais ce n’est pas facile :s
      Bonne journée

  1. Ce genre d’article me met extrêment mal à l’aise. Pauvrede vous qui vit à l’étranger et veut la même qualité de service public qu’en France. Vous vous plaignez de ne pas pouvoir payer une école française à votre enfant à Bangkok… Est il vraiment nécessaire d’inscrire ses enfants là bas ? Il n’y pas de système scolaire en Thaïlande ? Vous oubliez avoir bénéficié d’un système scolaire et des infrastructures de la France gratuitement déjà pendant toute votre scolarité, disons minimum jusqu’au BAC, surement un peu plus. Que si vous avez un souci vous pouvez rentrer en France profiter de la sécurité sociale et toucher l’assurance chômage (je le sais, pelin d’amis le font). J’en ai marre que les gens soient incapables de relativiser par rapport à leur situation. On vit dans un pays qui protège énormément ses citoyens, partout dans le monde. Votre genre de « citoyen » autocentré et à la mémoire courte devrait trouver normal de payer des impôts, de n’importe où dans le monde, pour déjà bénéficier de tout ce que j’ai mentionné plus haut. Un peu de recul svp.

    1. Bonjour,

      Merci pour votre commentaire.

      Il ne s’agit pas d’un article sur moi, plus d’une réflexion générale.

      Puisque vous vous interrogez sur ma situation, je n’habite pas à Bangkok, je n’ai pas d’enfant et je paie volontairement mes charges en France comme autoentrepreneur (22,9%) parce que je crois que ma contribution est mieux redistribuée en France que dans la plupart des pays d’Asie dans lesquels j’ai pu résider. Je gagne pourtant peu (moins qu’un SMIC français), je paie des impôts dans les pays dans lesquels je réside, notamment sous la forme de visas, et je pourrais très bien me soustraire de mes charges puisque je n’habite pas en France et que je me couvre moi-même en souscrivant à une assurance privée (représentant environ 10% de mes revenus).
      Bref, l’objet de cette lettre ouverte n’est pas de me plaindre de ma situation personnelle.

      Cet article n’est pas un réquisitoire auprès du fisc pour défendre ma situation personnelle mais plus une réflexion sur la notion de service public. Il n’y a pas de système parfait, qu’il soit redistributif ou non, mais il est impossible de croiser les systèmes sociaux de plusieurs pays qui ont des logiques différentes. L’impôt ET les services publics peuvent être liés soit à un territoire, soit à une nationalité mais on ne peut pas dissocier les règles en matière d’impôt de celle en matière de service public. Par ailleurs, être expatrié ne signifie pas « ne pas payer d’impôt ». Il faut ne jamais être sorti de France pour penser que c’est le seul pays où il y a un impôt sur le revenu. Les systèmes de répartition sont juste différents dans chaque pays et répondent chacun à leur propre logique.

      Par ailleurs, ce que vous dites est faux sur certains points. Pour bénéficier de l’assurance chômage en France, il ne suffit pas d’être français, il faut avoir cotisé en France (je crois que les droits sont transférables entre pays européens). Travailler sous contrat chinois à Pékin ne vous ouvre pas de droit au chômage en France si vous décidez de rentrer à Paris. C’est à vous d’économiser une partie de votre salaire en cas de coup dur. De même que quelqu’un qui n’a jamais travaillé en France ne pourra pas ouvrir de droits à la retraite en France. S’il a travaillé toute sa vie dans un pays très libéral, il devra cotiser lui-même pour sa propre retraite. Surtout que dans de nombreux pays asiatiques, les étrangers (donc les français) sont exclus du système social, même lorsqu’ils cotisent. Il en est de même pour l’école qui n’est pas toujours gratuite pour les enfants étrangers.

      Je voulais surtout dans cet article donner une autre image des expatriés que celle que beaucoup ont, de retraités qui se prélassent au bord de leur piscine, de milliardaires qui partent pour ne pas payer d’impôts ou de traders et d’ingénieurs qui partent faire fortune aux USA ou à Singapour. De tous les expatriés que je rencontre, la plupart sont profs, travailleurs humanitaires, étudiants ou chômeurs. Presque tous gagnent bien moins que le salaire minimum français. Beaucoup se retrouvent en grande difficulté lorsqu’ils ont des soucis de santé ou qu’ils perdent leur emploi. Personne ne s’en plaint. La grande majorité s’expatrie par choix, mais comprenez bien que si le gouvernement français se mettait à les rendre potentiellement imposables alors même qu’ils n’ont accès à aucun service public dans leur pays d’accueil, ils réclameraient à la France une égalité dans ce domaine. Mais pour le moment, personne ne parle de demander à avoir le même service qu’en France. S’expatrier, c’est assumer d’aller vivre dans un pays différent, avec ses avantages et ses inconvénients.

      Bonne journée

    2. Un expatrié travaillant à hors Europe ne cottise pas:
      – pour la caisse de retraite en France, sauf en paiements supplémentaire
      – pour la sécu
      – pour l’assurance chomage en France.

      Je vis au Canada je suis imposé ici. Je ne suis couvert nul part je dois payer des mutuelles privés.

      J’ai choisi de continuer à payer pour la retraite et la sécu en France mais à 7000 euros par an je ne suis pas capable de tenir je vais donc arréter. Et non si je choisi de rentrer je n’aurai droit à rien…

  2. Je suppose que vous avez payé votre école maternelle, primaire, secondaire et peut être la fac. Vos parents n’ont bénéficié d’aucune prestations sociales pour eux et pour vous dans votre enfance, vous avez habité dans un désert sans route, sans eau potable, sans téléphone et sans électricité. Vous êtes né dans la rue et non dans une maternité……Et lorsque vous reviendrez, ce sera pareil, vous ne pourrez pas atterrir car il n’y aura pas d’aéroport etc….Vous croyez que tout vous est dû et que vous ne devez rien à personne. Tout fauché que vous êtes, vous devez au moins le respect à ceux qui se crèvent la paillasse et payent leurs impôts pour maintenir la France dans un état acceptable et vivable, pour tous ceux qui y ont vécu, y vivent et y vivront un jour. Et aussi pour ceux qui y viennent de temps en temps,voir les touristes qui aiment ce pays.

    1. Encore une fois:
      – Cet article n’a pas pour objet ma situation personnelle. Cessez de tout ramener à moi je ne suis pas le centre du monde.
      – Pour moi, ça ne changerait rien, je paie déjà mes impôts en France (et peut-être même que je me « crève la paillasse » pour reprendre votre expression à travailler 7 jours sur 7 pour gagner un demi SMIC). Il n’y a pas qu’en France que les gens travaillent dur.
      – Cet article ne traite pas de la question de payer ou non des impôts, mais de savoir dans quel pays on les paye
      – Rien ne vous dit que les personnes que j’évoque ont grandi et fait leurs études en France. De plus, si on suit votre logique, les français nés et ayant grandi à l’étranger devraient alors être exemptés d’impôts s’ils veulent un jour travailler en France et payer leurs impôts dans le pays dans lequel ils ont grandi?

      Je ne dis pas qu’il ne faut pas payer d’impôts, juste qu’il faut les payer là où on vit et/ou travaille. Le Cambodge aussi a besoin d’un aéroport pour que j’atterrisse, il n’y a aucune raison que les français du Cambodge paient leurs impôts en France plutôt qu’au Cambodge dont ils utilisent les infrastructures tous les jours. Si l’on demandait à toutes les personnes étrangères travaillant en France de payer leurs impôts dans leur pays d’origine plutôt qu’en France ça ne vous paraitrait pas bancal? Pourtant beaucoup ont été à l’école dans d’autres pays. Que cela vous plaise ou non, nous vivons dans un monde village dans lequel il est devenu normal de migrer, de naître à l’étranger avec plusieurs nationalités, d’étudier dans plusieurs pays, parfois même dans plusieurs pays en même temps. Chaque pays a sa propre logique fiscale et sociale pour répartir au mieux les richesses produites et investies quelque soit la nationalité des personnes qui travaillent. Si certains ont des taux d’impositions moins forts que d’autres, il y a une raison. C’est qu’il y a moins de services publics et qu’il faut mettre la main à la poche, par exemple pour se soigner. Certains français habitant dans des pays où la médecine est très chère ne font pas d’enfant car ils n’ont pas les moyens de payer les frais médicaux pour une grossesse.
      On peut être d’accord ou pas avec cela, on peut militer pour une meilleure répartition des richesses dans le pays dans lequel on vit ou vote, mais la France a beau être une grande puissance, elle n’a pas à décider de la manière dont les quelques 200 pays du monde gèrent leur fiscalité et leur système social. Le seul moyen de passer outre cela, c’est de tendre vers une harmonisation fiscale (et sociale, l’un ne va pas sans l’autre) entre les pays, notamment dans l’UE, ou de multiplier et renforcer les accords fiscaux bilatéraux. Les relations internationales, ça se discute toujours à plusieurs, ça ne peut pas être la France contre le reste du monde, car voyez-vous, des aéroports, des routes et des écoles, il y en a dans presque tous les pays dans lesquels vivent les français, la France n’a pas le monopole des dépenses publiques, ni le monopole de la fiscalité.

      Le problème, je pense, c’est qu’on a tendance à parler de ces questions de manière émotionnelle plutôt que rationnelle. Il faut cesser de voir le monde à travers le spectre de la France nationaliste, en pensant qu’un compte en banque ou un contrat de travail détenu par le détenteur d’un passeport français devient un compte ou un contrat de travail français. Un français qui travaille sous contrat chinois sous payé à Shanghai, qui lutte à payer sa collocation sans APL et qui est victime d’un accident du travail ne sera pas protégé par le droit du travail français. Il paiera lui-même son séjour à l’hôpital, ne recevra aucune compensation pour les jours de travail manqués, ne sera pas assisté d’un avocat commis d’office s’il veut attaquer son employeur, ne touchera pas le chômage s’il perd son poste et ne sera pas suivi par pôle emploi pour l’aider à retrouver un emploi. Oui il a un passeport français (contre un timbre fiscal de 86 euros), mais il n’évolue pas dans un monde régi par le droit français.
      L’idéal serait peut-être qu’il soit taxé différemment en Chine et que la Chine le protège mieux, mais ce n’est pas à J-L Mélenchon d’en décider…

  3. Je n’ai trouvé nullepart une mention affirmant que l’impot universel proposé était à sens unique. Neanmoins, je n’ai pas trouvé l’inverse non plus.

    Je suis expatrié et je me demande où cela va mener… car si je paye la difference en France, je souhaite beneficier des meme avantages. Si c’est le cas, je suis 100% pour.

  4. Cela me fait un peu rire les commentaires disant :
    – C’est normal de payer des impôts en France quand on est expat
    – Mais en retour n’attendez rien de la France car c’est au pays de résidence d’assumer

    Maintenant inversons les rôles, vous avez un Chinois qui habite en France. D’après votre logique il devrait payer ses impôts en Chine (même si ce n’est pas le cas aujourd’hui je sais) et ce serait à la France d’assumer les sécu, l’école crèche, santé etc …

    Arrêtez de prendre les expats pour des vaches à lait. Si vous êtes jaloux, ben partez, tentez votre chance sortez de votre cocon et arrêtez de critiquer …

    A bon entendeur …

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