Du défi quotidien de vivre avec une Thaïlandaise #MondoChallenge

Vivre avec une Thaïlandaise

C’est en quelque sorte redevenir un enfant. Au restaurant, au magasin, dans le taxi ou dans une administration, plus personne ne s’adresse à vous. Vos paroles n’ont plus aucune valeur.

Que vous parliez ou non le thaï, la pâleur de votre épiderme et la longueur de vos naseaux font de vous un inapte. Même après avoir exprimé votre requête, on redemandera à votre compagne votre destination, ce que vous désirez manger, si vous supportez les piments.

Au magasin de moto, alors que je venais simplement changer ma plaque d’immatriculation, la vendeuse s’est carrément adressée à ma moitié pour lui demander si elle voulait changer les papiers pour les mettre à son nom sans même me demander mon avis !

Si certains s’en accommodent, cette vie par procuration m’insupporte, si bien que je finis par toujours me rendre seul dans tous ces lieux qui obligent des êtres humains à entrer en contact avec moi.

Vivre avec une Thaïlandaise, c’est aussi se heurter aux préjugés, ceux des occidentaux venus se bronzer les fesses une semaine et qui n’ont d’autre image de la Thaïlande que les reportages voyeuristes de M6 sur les bordels de Bangkok ou les retraités libidineux de Pattaya, mais aussi ceux de beaucoup de Thaïlandais, dont l’esprit nationaliste et la phobie de la rencontre interculturelle sont heurtés par ce mélange des genres qu’ils considèrent parfois presque comme de la haute trahison.

« Mia Farang » (femme de blanc) beugle une grosse dinde à notre approche, avachie vulgairement sur son tabouret, pensant certainement qu’un visage pâle ne saurait déchiffrer son jargon.

« Tu penses que c’est une prostituée ? » murmure un peu trop fort ce couple de touristes à la table d’à côté nous épiant du regard depuis le début du repas.

« Comment as-tu fait pour te trouver un blanc ? » s’étonne cette vendeuse de fruits à qui nous demandons notre chemin.

« Ton copain, il est riche ? » interroge un policier alors que nous venons juste chercher un papier administratif.

Pas facile d’être une femme de blanc dans un pays où beaucoup de mariages sont motivés par des raisons économiques et où l’on voit les expatriés comme des touristes sexuels.

Mais vivre avec une Thaïlandaise, comme pour tout couple mixte, c’est surtout devoir s’inventer une culture en commun. Car n’en déplaise à Marine ou à l’oncle Donald et à leur vision simpliste de l’être humain dans la mondialisation, on n’adopte pas une culture lorsque l’on migre ou que l’on se mélange. On en crée de nouvelles.

Je ne crois absolument ni à la sincérité ni au bonheur de ceux qui voudraient s’assimiler, adopter la culture d’un autre, se convertir par amour à une religion sans conviction profonde, faire mécaniquement siennes les valeurs, l’histoire et les coutumes de quelqu’un d’autre, apprendre à devenir un autochtone comme les autres.

J’ai du mal à imaginer que l’on puisse s’épanouir dans un couple en agissant de manière contre-intuitive sur des questions aussi essentielles que le mariage, la gestion financière ou encore l’éducation des enfants. Beaucoup le font. Ils se rassurent en se disant que « c’est comme cela dans sa culture », qu’en somme il faudrait lui permettre de mener la vie qu’elle aurait eue si elle n’avait pas rencontré un étranger, s’excusant presque de ne pas être thaïlandais et d’avoir appris sur le tard à se comporter comme tel.

A quoi bon former un couple mixte si c’est pour nier une culture au profit de l’autre ? Osons la différence et toute la créativité qui s’en dégage !

Vivre dans deux cultures à la fois

C’est risquer de s’enfermer dans deux carcans en même temps, mais c’est aussi la possibilité de se libérer totalement et de s’inventer une nouvelle identité, pleine de liberté. C’est d’ailleurs tout l’enjeu des enfants nés de deux cultures.

La force d’un couple mixte, c’est justement de n’avoir ni la culture de l’un, ni celle de l’autre. C’est cette liberté de ne plus avoir aucune contrainte, de vivre dans un référentiel qui nous est propre, qui n’a que les normes et les valeurs que nous lui avons données, par à-coups et par ajustements au fil des ans.

Vivre en couple mixte, c’est avoir des manières uniques de cohabiter, de s’aimer et de s’engueuler, taillées sur mesure et que personne ne peut comprendre. Parce qu’au fond, l’amour, ce n’est pas apprendre à changer pour s’adapter, mais plutôt s’accepter avec nos différences, qu’elles soit physiologiques, culturelles ou même sociales.

10 thoughts on “Du défi quotidien de vivre avec une Thaïlandaise #MondoChallenge

  1. Dès le début, j’aime,comme chaque fois, ce qui est pour moi un dépaysement. Cette multiculturalité qui n’est ni l’islam maghrebin de mes élèves, ni l’africanité de mes expatriations me rappellent que je n’en sais encore que beaucoup trop peu sur les rencontres de culture. En plus de cela, ton style est vif, tes mots sont puissants et font ressortir les défis de fond hors des petits gestes du quotidien. Longue vie à vous, les amoureux qui prouvez (oui, c’est neuneu) qu’il y a plus de points communs entre un Français et une Thaïlandaise qui s’aiment qu’entre un Américain et une Française qui détestent le reste du

    1. Merci Tanguy.
      J’aime bien quand tu dis « prouvez (oui, c’est neuneu) qu’il y a plus de points communs entre un Français et une Thaïlandaise qui s’aiment qu’entre un Américain et une Française qui détestent ». C’est exactement ce que j’ai ressenti à Madagascar, que j’avais plus de points communs avec des blogueurs venus du monde entier qu’avec bon nombre de mes concitoyens.

  2. Très intéressante et édifiante ton histoire personnelle. C’est rafraîchissant d’avoir le regard de quelqu’un qui vit le métissage culturel de son amour de cette manière. Plume simple, accessible et légère. J’ai aimé. Et j’admire surtout ta compagne qui semble déterminée dans son choix pour toi… J’espère que tu le lui rends bien (sans te bronzer les fesses uniquement 🙂

    1. Merci Alexandra.
      Je ne sais pas si je lui rend bien mais elle ne s’est pas encore enfuie :D.
      Mais maintenant qu’elle commence à lire le français je crains qu’elle ne lise mon blog et tout ce que je dis sur elle 😮

  3. 😀 wouahh! disons que j’ai toujours eu le retour du côté de la femme (plusieurs de mes amies, connaissances vivant en France sont avec des Français) et jamais celui de l’homme dans le couple mixte et qui est dans le pays de la femme et faut dire, je n’avais pas vu les choses comme ça! c’était bon de te lire, ça donne une autre perspective!!!

  4. Je suis jaloux devant la beauté de ta plume, j’ai toujours rêvé de bien écrire, mais mon orthographe et ma syntaxe sont mauvais.

    Au Japon, j’ai remarqué une chose lorsque je parle japonais avec ma chérie, jamais un serveur a demandé confirmation à ma chérie dans un restaurant etc …

    En Thaïlande par contre, lors de mon dernier séjour ils étaient étonnés de voir un blanc avec une asiatique qui ne parle pas thaïlandais.

    Ecran bleu et tout …

    Demande confirmation à Madame Manek, réponse de madame, je suis JAPONAISE I DO NOT SPEAK THAI.

    ECRAN BLEU Again.

    Après si tu parles thaïlandais avec ta petite amie, je pense que les thaïlandais seront heureux de te parler en Thaïlandais, si vous parlez en anglais c’est un peu normal qu’il demande confirmation à madame.

    Tu tomberas toujours sur des thaïlandais qui cherchent un prof d’anglais gratuit, un blanc pour parler la langue de Call of Duty. Mais nous sommes français, nous ne parlons pas anglais :p .

    Merci pour le lien 🙂

    1. Oh Manek est de retour! Ca c’est une bonne nouvelle. Je pensais que tu avais arrêté de bloguer.
      Tu es revenu en Thaïlande? Merci pour ton com 😉
      Au plaisir de rencontrer un jour madame Manek

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