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Orphelins au Cambodge : la pénurie menace le tourisme

Le Cambodge est un Eldorado pour toute bonne âme en quête de tourisme responsable et qui voudrait aider les orphelins et les enfants déshérités dans les pays qu’elle visite. Avec près de 600 orphelinats construits à proximité des principaux lieux touristiques, les voyageurs culpabilisés par la différence de niveau de vie avec leur pays d’origine pourront aisément se racheter une conscience en s’improvisant professeur d’anglais, en jouant aux cubes avec des bambins souriants et surtout en faisant un don à une organisation bienfaitrice. Car le marché de l’empathie est en plein boom au Cambodge, et cela ne va pas sans poser certains problèmes éthiques.

 

Le Cambodge est-il un pays d’orphelins ?

Vous vous demandez certainement pourquoi le Cambodge compte autant d’orphelins. L’UNICEF qui se penche très sérieusement sur la situation de ces centres estime que seulement un tiers des enfants accueillis dans les orphelinats cambodgiens sont réellement orphelins.

En fait, le Cambodge a réellement compté de nombreux orphelins après la guerre civile qui s’est achevée en 1975. Les organisations venues leur porter secours se sont peu à peu implantées dans le pays. Elles ont suscité la sympathie et la générosité des voyageurs de passage, ont permis la création d’emplois, et se sont enracinées dans l’économie cambodgienne.

 

Un marché qui se porte bien

Seulement, les orphelins de la guerre sont tous majeurs depuis bien longtemps, et les orphelinats du pays se sont progressivement vidés de leurs effectifs, menaçant leur survie et les emplois de ceux qui y travaillaient. De nombreuses organisations de défense des droits de l’enfant dénoncent une tendance de plus en plus grande de ces institutions à attirer des enfants venus des zones rurales pauvres pour faire gonfler leurs effectifs d’ « orphelins », promettant à leurs parents de leur fournir une éducation à laquelle ils n’auraient normalement pas accès. Ce procédé est contraire à la Convention des droits de l’enfant (ratifiée par le Cambodge) qui stipule qu’un enfant doit avoir le droit « de connaître ses parents et d’être élevé par eux ». Pire encore, le nombre d’orphelinats serait selon l’UNICEF en constante augmentation alors même que la demande a diminué. L’orphelinat est devenu un business comme les autres.

 

Repenser l’humanitaire

En fait le « volontourisme » (contraction de volontariat et de tourisme) est une gangrène au Cambodge, mais aussi ailleurs en Asie du Sud-Est. La plupart des pays d’Asie n’ont ni la même conception des ONG, ni la même législation pour les encadrer que la plupart des pays occidentaux. La professionnalisation nécessaire de l’action humanitaire, tant dans ses métiers opérationnels que dans sa gestion financière a fait naître une économie positive et de plus en plus génératrice d’emplois, notamment dans des pays peu développés. Mais l’équilibre financier de ces organisations est précaire. Il tient à la persistance des problèmes qu’elles sont censées combattre. Qu’elles soient financées par des volontaires, des donateurs privés pensant aider, ou par des organismes publics, il faudra toujours prouver la nécessité d’agir pour être financé. Les faux orphelins cambodgiens doivent nous questionner sur la place que doivent prendre l’humanitaire et l’action sociale dans un pays et sur ses liens parfois ambigus avec d’autres activités marchandes telles que le tourisme, mais aussi sur les alternatives de financements telles que l’entrepreneuriat social.

5 commentaires sur “Orphelins au Cambodge : la pénurie menace le tourisme

  1. Whaou! Tout ceci parce que les pays pauvres ne réfléchissent pas à ce qu’il convient de faire après une grande mobilisation en faveur des victimes de la guerre ou des catastrophes naturelles. La même question se pose en Afrique où les camps de réfugiés sont devenus des véritables fonds de commerce pour des ONG alors que la guerre est fini ça et là. En fait je ne vais pas incriminer l’action humanitaire…on en a tellement besoin dans ce monde.

    1. Merci pour votre commentaire.
      Mon but n’était pas de remettre en question l’état cambodgien ou le monde de l’humanitaire en général. Je travaillais moi-même dans l’humanitaire avant, dans le droit des réfugiés. J’ai vécu cette expérience de travailler pour un projet qui n’a plus lieu d’être. Je travaillais à l’époque pour la Croix Rouge en Belgique dans un centre d’urgence pour demandeurs d’asile qui n’était là qu’un an et demi pour absorber une crise de l’accueil. Une fois la crise passée, nous ne pouvions que nous réjouir du fait que les personnes que nous avions accueillies soient dans des conditions plus dignes et que nous puissions fermer ce centre de fortune, mais presque tout le monde s’est retrouvé au chômage du jour au lendemain puisque nos salaires n’avaient plus lieu d’être financés. Du coup le sentiment du devoir accompli est un peu édulcoré. Notre emploi dépendait de la misère humaine.
      Ce que je veux dire par là, c’est que l’action humanitaire a pour moi besoin (et elle le fait) de réinventer ses modes de financement pour être plus indépendante et pouvoir faire ce qui lui semble juste. C’est ce que fait par exemple MSF en refusant les fonds européens pour protester contre la politique européenne en matière d’asile mais toutes les ONG ne peuvent pas se permettre un tel luxe, surtout avec des salariés en CDI. Un autre point que je voulais illustrer par cet exemple du Cambodge est le danger de voir l’humanitaire comme un levier de croissance. Une action humanitaire si elle est efficace doit être temporaire. Compter dessus structurellement pour créer de l’emploi est à mon sens dangereux. C’est pour cette raison que je me réjouis de l’émergence de entrepreneuriat social en Asie, qui crée des emplois durables dans des secteurs sensibles tels que l’éducation, l’action sociale ou l’écologie et qui s’autofinance.

  2. L’enfant une fois né, doit sa survie à toute la communauté humaine. Sa protection est une question d’intérêt général… Néanmoins, pour réduire un tant soit peu les orphelins, la solidarité doit renaître de ses cendres…

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