Jeunes diplômés : pourquoi la Thaïlande n’est pas un pays pour vous ?

Ça y est, mon sac est prêt, je quitte la Thaïlande. Ma prochaine destination Taïwan, au moins pour quelques mois, peut-être plus longtemps. Même si j’ai passé de très bons moments ici, rencontré d’incroyables personnes et même trouvé l’amour, je ne saurais que trop recommander aux jeunes diplômés d’éviter la Thaïlande comme destination d’expatriation et de lui préférer d’autres pays asiatiques comme le Cambodge, le Myanmar, la Chine ou encore la Corée (du Sud hein…). Voici pourquoi…

 

Les jeunes diplômés n’ont que peu de perspectives de carrière en Thaïlande

Beaucoup de jeunes diplômés s’expatrient non pas pour trouver un job alimentaire de quelques mois, mais pour rechercher de réelles opportunités de carrière.

Si faire une carrière professionnelle en Thaïlande n’est pas impossible, cela s’avère difficile. Même en occupant un emploi très qualifié, les lois protectionnistes feront la plupart du temps de l’emploi d’un étranger un choix par défaut. En dehors des professeurs de langues, il est donc très difficile de changer de job souvent et les opportunités d’évolution sont minces. Je ne veux pas dire par là que c’est impossible. Il existe des opportunités, principalement à Bangkok. Mais n’allez pas imaginer trouver depuis votre cabane en bambous en bord de mer la même émulation professionnelle qu’à Shanghai ou Hong Kong.

La langue thaïe n’est parlée qu’en Thaïlande

À moins de monter son entreprise, pas la peine de s’échiner à apprendre la langue en pensant que cela vous ouvrira des perspectives de carrière. Apprendre une langue est toujours intéressant et très utile lorsque l’on vit à l’étranger, mais contrairement au reste du monde, parler thaï n’est pas nécessairement la première étape pour trouver du travail (à l’inverse de la Chine par exemple). Lorsqu’une entreprise thaïlandaise engage un étranger, c’est souvent justement parce qu’il est étranger qu’on l’engage, et la majeure partie du temps c’est sa langue maternelle qui est un critère pour sa sélection. Pour une fonction qui s’exerce en langue thaïe, l’entreprise préfèrera presque toujours engager un Thaïlandais qu’un étranger, même si ce dernier est plus qualifié et totalement bilingue en thaï. C’est la loi qui l’y incite.

J’ai vu beaucoup de personnes parlant et écrivant parfaitement thaï, souvent surdiplômées (parfois d’universités thaïlandaises), quelques-unes enseignant dans des universités thaïlandaises ou même donnant des conférences en langue thaïe quitter le pays par manque d’opportunités professionnelles.

Loin de moi l’idée de dire qu’apprendre le thaï ne sert à rien. Je pense que toute langue est intéressante et nous ouvre l’esprit. Mais si vous hésitez entre apprendre le mandarin ou le thaï, sachez que l’une des langues vous ouvrira bien plus d’opportunités à l’international que l’autre.

 

Les jeunes diplômés ne trouveront pas de stabilité en Thaïlande

La Thaïlande est un pays relativement instable. Les entreprises ouvrent et ferment à une vitesse impressionnante et le turn-over y est très rapide. Les lois en matière d’immigration et les politiques de visas changent également très fréquemment, plusieurs fois par an. Il est donc difficile de se poser à moyen ou long terme et de faire des plans sur l’avenir. Contrairement à des pays comme Taïwan ou Singapour, les travailleurs étrangers ne peuvent prétendre à une résidence permanente après un certain nombre d’années de travail sur place. Si vous perdez votre emploi en Thaïlande, ce qui peut arriver très vite, vous aurez une journée pour quitter le territoire. Il est bien sûr possible par la suite de revenir avec un visa touristique pour quelques mois afin de rassembler vos affaires, mais il est très hasardeux dans ces conditions d’acheter une voiture, un appartement, ou même de prévoir d’avoir des enfants et de les scolariser en Thaïlande. Beaucoup de personnes travaillant en Thaïlande préfèrent d’ailleurs investir dans d’autres pays que dans leur propre logement.

Il est difficile de monter une entreprise en Thaïlande

Le rêve de beaucoup de jeunes issus de la génération Y n’est plus d’être employés, mais de monter leur propre business, de faire les choses à leur manière.

En Thaïlande, monter son entreprise ou travailler en freelance s’avère plutôt compliqué pour un étranger, et surtout très coûteux. Mieux vaut donc avoir déjà des fonds et un business qui est sûr de marcher pour se lancer en Thaïlande. Monter sa boite en Thaïlande est une alternative intéressante pour les personnes ayant déjà accumulé de l’expérience, un réseau et du capital, pas pour un jeune diplômé fauché, même prêt à prendre des risques.

Pour cela, préférez les pays voisins comme le Cambodge, le Laos ou le Myanmar. Ils sont de plus en plus ouverts aux entrepreneurs étrangers (alors que dans le même temps la Thaïlande se ferme) et surtout leur croissance est bien plus forte et les opportunités pour faire des affaires bien plus intéressantes.

La Thaïlande est dans un entre-deux par rapport aux autres pays asiatiques. Elle n’est pas dans la même situation que les pays en développement d’Asie du Sud Est, dans lesquels tout reste à construire et qui attirent les capitaux du monde entier. Les marchés en Thaïlande sont saturés et la croissance est en berne.

Elle n’est pas non plus dans la situation des pays les plus développés comme Singapour, Hong Kong, Taïwan ou le Japon, qui sont en perte de vitesse, mais sont de grandes puissances commerciales et peuvent offrir aux travailleurs nationaux ou étrangers une grande stabilité, une bonne protection sociale, de bonnes infrastructures, et sont très ouverts aux investissements venant d’autres pays.

La Thaïlande n’a pas non plus l’envergure de la Chine, qui avec ses 1,4 milliard (ou plus) de consommateurs est le premier marché mondial, dans lequel tout le monde voudrait trouver sa place, malgré les politiques plutôt protectionnistes.

La Thaïlande est une invitation à l’inactivité

Un bon étranger en Thaïlande est un étranger inactif. Si touristes et retraités sont les bienvenus, les personnes actives sont toujours sondées, épiées, suspectées. Que vous montiez votre entreprise, que vous soyez salarié, volontaire pour une ONG ou même que vous montiez un groupe de rock pour jouer le samedi soir contre quelques pintes gratuites ou que vous décidiez d’entrainer les gamins du village au foot après l’école, vous attirerez toujours la suspicion de quelques jaloux, qu’ils soient thaïlandais ou étrangers. Que vous soyez en règle ou non, attendez-vous à ce que l’on vous blâme ou que l’on vous dénonce pour avoir eu le culot de travailler et à toujours devoir justifier votre présence et la moindre prise d’initiative de votre part.

La Thaïlande a su développer admirablement une culture de l’inaction, de l’attente, de l’oisiveté. C’est d’ailleurs ce qui la rend très agréable aux touristes ou aux retraités, beaucoup moins aux jeunes diplômés. À mon sens, la Thaïlande se distingue clairement du reste de l’Asie sur ce point (simple avis personnel). Contrairement à de nombreux autres pays asiatiques ou occidentaux, il y est très bien vu d’être rentier, bien plus que d’être entrepreneur. Dans l’esprit de beaucoup de Thaïlandais, réussir sa vie ne signifie pas être un artiste accompli, lutter contre la faim dans le monde, monter une entreprise ou avoir de bons amis, mais plutôt siroter un coca dans son hamac et se prendre en photo avec un gros pick-up en arrière-plan. Même si certains partagent cette idée du bonheur à travers la planète, je doute que beaucoup de jeunes sortent de cinq années d’études et traversent la moitié du globe pour un projet de vie aussi plat (là encore, simple avis personnel).

Allez tout de même faire un tour en Thaïlande !

Je vois d’ici les ronchons s’offusquer, me blâmant d’avoir osé parler de leur « terre d’accueil » de manière quelque peu critique. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

Je ne déconseille pas pour autant aux jeunes diplômés d’aller en Thaïlande, juste de ne pas baser leurs activités ou projeter leur plan de carrière dans ce pays.

La Thaïlande est un très beau pays. On y fait de très belles rencontres, le climat y est agréable et la nature tant qu’elle n’est pas encore trop polluée est très jolie. Les étrangers trouvant un travail pour quelques mois ou années en Thaïlande sont généralement ravis. Ils ont un pouvoir d’achat très attractif et vivent une aventure formidable. Chercher à s’y installer et y construire une carrière est plus difficile (mais pas impossible).

Les expatriés des pays environnants plébiscitent la Thaïlande pour leurs vacances ou même leurs week-ends. De nombreux nomades digitaux y posent également leurs valises quelques mois par an pour télétravailler. Ils profitent de bonnes infrastructures à moindre coût, de la bonne nourriture thaïlandaise, des massages… Néanmoins, très peu d’entre eux y basent leur entreprise ou quelconque activité.

Si la Thaïlande est un point de chute intéressant pour s’expatrier en Asie, il n’en reste pas moins qu’elle n’est pas le paradis des jeunes diplômés.

One thought on “Jeunes diplômés : pourquoi la Thaïlande n’est pas un pays pour vous ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *