En Asie, la francophonie est en danger

Cette semaine, je me suis rendu à Madagascar avec une cinquantaine d’autres blogueurs francophones venus du monde entier et soutenus par Mondoblog et RFI. Pourquoi Madagascar ? Parce que c’est là que se tenait le XVIème Sommet de la Francophonie qui réunit les chefs d’État et de gouvernement francophones et francophiles. L’occasion donc pour cette communauté venue des quatre coins de la planète de réfléchir sur la condition et l’évolution de notre langue au XXIème siècle. Premier constat : nous n’étions que deux blogueurs à représenter l’Asie, Myryem, une entrepreneuse et écrivaine marocaine fraîchement débarquée à Bali, et moi, français quittant la Thaïlande pour Taïwan. Pas un laotien, pas un vietnamien, pas un cambodgien pour représenter son pays, son quotidien, sa vision du monde dans cet espace unique de la blogosphère francophone. Et je n’étais pas au bout de mes surprises…

François Hollande et les blogueurs de Mondoblog
François Hollande et les blogueurs de Mondoblog

 

Au Vietnam, la francophonie se questionne en anglais

En Asie du sud-est, quatre pays sont membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) : le Vietnam, le Cambodge, le Laos et la Thaïlande qui a un statut de pays observateur. Pourtant, au village de la francophonie, un lieu artificiel, tout juste sorti de terre, entouré de fils barbelés et de militaires et au sein duquel chaque pays était représenté par un pavillon, il fallait vraiment traquer la présence asiatique pour la trouver. Seul le Vietnam avait investi un petit local, gardé par quelques femmes malgaches en chapeau pointu et dans lequel avait lieu une expo photo.

Mais n’allez pas croire pour autant que le Vietnam faisait figure d’exemple durant ce sommet. Il suffit de voir la conférence de presse donnée par le président vietnamien … en langue vietnamienne pour comprendre. Selon le blogueur malgache Rijaniaina Randrianomanana, membre de Mondoblog et présent lors de la conférence de presse, il était à cette occasion demandé aux journalistes de poser leurs questions en anglais.

Demander à des journalistes francophones au sommet de la Francophonie de poser leurs questions en anglais au chef d’État d’un pays francophone, c’est donner une bien piètre image de l’engagement asiatique sur la question.

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Au pavillon vietnamien du village de la Francophonie

Abandonner la francophonie pour mieux assumer son indépendance ?

A l’occasion de ce sommet de la francophonie, j’ai également eu l’occasion avec le groupe de blogueurs de Mondoblog de rencontrer François Hollande et de lui demander son point de vue sur la question de la disparition du français en Asie et de l’impact que cela pourrait avoir sur le rayonnement de la France. Il m’a très justement répondu que la francophonie n’appartenait pas à la France et que les anciennes colonies avaient fait un choix qu’il fallait respecter, celui de l’indépendance. La décolonisation s’est parfois établie dans la douleur. Je ne peux qu’être d’accord avec cela et adhérer au fait que la France n’a aucune légitimité à imposer ses idées, sa culture et sa langue à un pays souverain.

François Hollande répond aux questions des blogueurs de Mondoblog - Antananarivo, le 26 novembre 2016
François Hollande répond aux questions des blogueurs de Mondoblog

Mais mon inquiétude vient du fait que si l’Asie du sud-est abandonne peu à peu la langue de Molière, ce n’est pas au profit du laotien, du vietnamien ou du khmer, mais bien de l’anglais, la langue de la globalisation par excellence. Penser la disparition du français dans la région comme une manière de vouloir préserver sa culture et sa langue est à mon sens erroné. En 2009, la langue anglaise a d’ailleurs été désignée comme étant la langue officielle de l’ASEAN, un acronyme anglais pour désigner l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est. Autant dire que l’enjeu n’est pas que culturel. Il est profondément politique et économique. Choisir l’anglais comme langue officielle n’est pas seulement le moyen d’uniformiser les relations entre les pays d’Asie du sud-est. C’est aussi une manière pour certains pays anglophones, à commencer par le voisin australien et les États-Unis d’assoir leur présence dans la région face au géant chinois.

Le français a des valeurs à porter en Asie

Si les jeunes asiatiques se tournent vers l’anglais, c’est qu’il est devenu la principale langue du commerce, des relations internationales et de la communication au niveau mondial. Le français est pourtant le porte-étendard de valeurs fortes comme les Droits de l’Homme ou la laïcité, d’une manière très engagée de faire de l’humanitaire initiée par les fameux « French doctors » et d’une vision bien plus inclusive (parfois peu pragmatique il est vrai) des relations entre les peuple. Voir notre langue reculer en Orient, c’est aussi voir la fin d’une ère dans laquelle nos valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité faisaient rêver et étaient érigées en modèle.

Derrière les barbelés du village de la francophonie, les blogueurs écrivent leur monde
Derrière les barbelés du village de la francophonie, les blogueurs écrivent leur monde

Pourtant, lors de ce sommet, j’ai pu me rendre compte à quel point la francophonie était une force très vive, surtout sur le continent africain, qui avec sa jeunesse, ses startups et son esprit d’innovation sera certainement un pôle majeur de l’économie mondiale de demain. Mais alors pourquoi donc a-t-on abandonné l’Asie à ce point ?

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